Se réunir : Créer un cercle d'entrepreneurs et structurer ses feedbacks
Quand on est entrepreneur on entend régulièrement : « il faut croire en toi », «ai confiance, ça va le faire » comme si tout ne dépendait que de soi dans un cas ou que la chance suffisait dans l’autre. En réalité, la confiance ne se construit ni en restant seul, ni n’est le fruit du hasard ou d’un don inné : elle dépend largement de l’environnement dans lequel on évolue. Après avoir exploré l'influence de notre écosystème, la comparaison avec les autres, l'importance des temps de recul et notre capacité à parler de nous, ce cinquième et dernier volet boucle la série là où tout a commencé : l'entourage. Mais cette fois, non plus l'entourage que l'on subit — celui que l'on choisit et que l'on construit délibérément. Nous verrons comment créer un cercle d'entrepreneurs et y organiser des feedbacks qui font réellement progresser.
Dernier épisode du dossier « Comment créer un écosystème de confiance pour renforcer votre posture d’entrepreneur »
S'entourer pour de vrai
On peut avancer seul un moment. Lire, écouter des podcasts, suivre des formations, s'inspirer de comptes qui vont bien. Tout cela nourrit. Mais il arrive un point où rien ne remplace un autre entrepreneur en face de soi, qui comprend de l'intérieur ce que l'on traverse.
Parce qu'un proche bienveillant vous dira « c'est super ce que tu fais ». Un pair, lui, vous demandera « et ta trésorerie, elle suit ? ». La nuance change tout.
Partager ses questions, ses décisions, ses doutes avec des personnes qui vivent la même aventure, c'est s'offrir ce qu'on ne peut pas se donner seul : d'autres regards, d'autres angles, d'autres façons de poser le problème. On sort de sa tête. On voit ce qu'on ne voyait plus. Et souvent, la solution qu'on cherchait depuis des semaines apparaît simplement parce que quelqu'un a posé la bonne question.
Encore faut-il que ces échanges soient utiles. Parce qu'un groupe d'entrepreneurs mal cadré peut vite tourner à la réunion sympathique où l'on ressort content… mais sans avoir avancé d'un pas.
Le feedback, ce cadeau qui ne s'improvise pas
C'est le constat que j'ai fait au fil des années, en animant et en observant beaucoup de cercles d'entrepreneures : le feedback qui fait grandir ne s’improvise pas, il se structure. Sans cadre, on tombe presque toujours dans l'une de ces deux dérives :
D'un côté, la critique qui décourage : « à ta place, je n'aurais jamais fait ça ». Vrai, peut-être. Utile, le plus souvent pas vraiment. Démonter sans rien proposer à la place ne permet pas d’avancer, il fragilise une confiance déjà fugace et amène des doutes sans éclairages.
D’un autre côté, l'encouragement vague : « c'est génial, continue ! ». Ça fait plaisir deux minutes, et ça n'apporte rien non plus. Aucun éclairage, aucun indice sur ce qu’il faudrait continuer, à quoi tient ce génial finalement ? Qu’est-ce qui est si génial, ce que j’ai fait pour que ça le soit ou l’image que ça renvoie ?
Pour rendre les retours performants, il y a une méthode toute simple mais vraiment efficace : le feedback (ou retour en français) constructif. Et sa plus grande force, c'est qu'il tient en trois temps simples :
- Ce qui fonctionne déjà
- Ce qui pourrait être amélioré
- Une suggestion concrète pour améliorer
Alors évidemment, on ne va pas demander à tout notre entourage de se former à cette méthode ! Mais en s’y intéressant on va pouvoir les amener à nous faire des retours plus constructifs en posant des questions comme :
- Ok je n’aurai pas dû faire ça mais et toi ? qu’est ce que tu aurais fait à ma place ? qu’est-ce que tu as déjà fait qui a fonctionné dans un cas similaire ? par quelles étapes tu passerais toi ?
- Merci ! Qu’est-ce que tu trouves génial ? Selon toi, quel est le principal levier qui a permis d’obtenir ce résultat ? et que ferais-tu à ma place pour aller plus loin ?
Ces questions n’ont l'air de rien, mais elles changent pourtant la nature de l'échange. On commence par nommer ce qui marche pour que l’on sache à l’avenir sur quoi s’appuyer. On trouve ensuite des pistes pour continuer, renforcer, améliorer, rectifier de manière très concrète et factuelle.
C'est la différence entre « ton offre est trop chère » et « ton offre me paraît chère pour cette cible-là ; moi dans ton cas j’ai fait ce truc là pour ajuster mon prix et voici les résultats que j’ai obtenu». Même si ce qui fonctionne pour les autres ne fonctionnera pas forcément pour vous (et réciproquement), cette simple méthode permet de sortir du jeu de façade, de l’échange “cocktail superficiel”, à une vraie discussion de travail qui permet de se voir progresser et de continuer à évoluer ! Évidemment, le contexte doit s’y prêter, peut-être que lors d’un cocktail vous choisirez de rester en surface, au moins vous aurez une méthode pour vos échanges lors de séances de travail.
Appartenir à un collectif qui maîtrise cette méthode, c’est participer à des réunions qui font grandir et repartir continuellement avec des conseils et astuces à mettre en place en tirant profit des expériences d’autres entrepreneurs. Au final, c’est développer notre activité et notre posture de la manière la plus juste possible
Les règles qui font tenir un cercle
Un cercle qui fonctionne, ce n'est pas une question de bonne volonté. C'est une question de règles posées dès le départ, et tenues. Voici celles qui, à l'usage, font vraiment la différence.
On parle de ce qu'on connaît : sa propre expérience, pas des grands principes. « Chez moi, ça a marché comme ça » vaut mieux que « il faut faire comme ça ».
On demande avant de conseiller. Rien de plus agaçant que de recevoir dix solutions quand on cherchait juste à réfléchir à voix haute. La bonne question d'ouverture : « tu attends quoi de nous, là — un avis, des idées, ou juste qu'on t'écoute ? ».
Ce qui se dit dans le cercle reste dans le cercle. Sans confidentialité, pas de vraie parole. On garde les vitrines dehors et on ose enfin montrer l'arrière-boutique.
Chacun son temps de parole. Le cercle n'est pas une tribune pour le plus à l'aise ; c'est un espace où même la plus discrète repart avec quelque chose.
Et on tient le rythme. Un cercle, c'est comme les temps de recul dont je parlais dans l'épisode 3 : c'est la régularité qui fait toute la différence. Trois à cinq entrepreneurs qui se retrouvent tous les mois, avec un vrai cadre, valent mille déjeuners de réseautage.
Construire le sien
Reste une question très concrète : par où commencer ? On peut monter son cercle soi-même. Repérer autour de soi trois ou quatre entrepreneurs dont on respecte le parcours, à qui l'on fait confiance, et qui jouent le jeu de la sincérité. Fixer un rythme. Poser les règles ensemble dès la première rencontre. Ça demande un peu d'énergie au démarrage, mais ça se fait très bien.
C'est aussi, très concrètement, ce que nous faisons aujourd'hui chez Bouge ta Boîte : accompagner les femmes qui le souhaitent à créer leur propre cercle, à réunir une équipe autour d'elles et à installer ces règles pour progresser ensemble, dans la durée. J'y vois chaque semaine ce qu'un entourage choisi produit quand il est bien construit — des décisions plus claires, des projets qui avancent, et cette confiance qui se développe parce qu’on est plus seule à décider et à tout porter. C’est aussi retrouver une dynamique collective qui pouvait manquer dans un quotidien entrepreneurial (encore trop souvent) majoritairement solitaire.
Que vous montiez votre cercle seule ou accompagnée, l'essentiel c'est de décider, un jour, que votre écosystème ne vous arrivera pas par hasard mais parce que vous y mettez de l’énergie. Construire des relations demande du temps et de la patience mais avec de la méthode cela peut aller beaucoup plus vite et être plus rapidement efficace.
Boucler la boucle
Nous voici au terme de cette série. Nous sommes partis d'un écosystème que l'on subit souvent sans le voir, nous avons appris à transformer la comparaison en levier, à prendre de la hauteur, à mettre des mots justes sur notre activité. Et nous terminons par le geste le plus engageant : choisir ceux qui nous entourent et bâtir, avec eux, un espace où grandir.
La confiance entrepreneuriale, on l'a dit dès le début, n'est ni un don ni une affaire de volonté solitaire. C'est le fruit d'un environnement que l'on finit par prendre en main. Et si vous ne deviez retenir qu'une chose de ces cinq épisodes, ce serait celle-ci : vous n'avez pas à devenir plus fort tout seul. Vous avez à mieux vous entourer. Le reste suivra.
En résumé : 5 points à retenir
- La confiance en soi se construit aussi grâce à son environnement. L’entrepreneur ne progresse pas seul : s’entourer de pairs permet de confronter ses décisions, ses doutes et ses questions à d’autres expériences.
- Un cercle d’entrepreneurs peut devenir un véritable espace de progression. Trois à cinq entrepreneurs qui se retrouvent régulièrement, avec un cadre clair, peuvent apporter des regards différents, des conseils concrets et une dynamique collective durable.
- Un feedback utile doit être constructif et concret. Pour aider réellement un entrepreneur à progresser, il s’agit d’identifier ce qui fonctionne, ce qui peut être amélioré, puis de proposer une piste concrète pour avancer.
- Un cercle efficace repose sur quelques règles simples. Partager son expérience plutôt que donner des leçons, demander avant de conseiller, préserver la confidentialité, respecter le temps de parole et maintenir une régularité permettent de créer un climat de confiance.
- Mieux s’entourer renforce la confiance et aide à avancer. Construire volontairement son écosystème entrepreneurial permet de prendre de meilleures décisions, de faire progresser ses projets et de ne plus porter seul toutes les décisions.

